La Vierge Marie est-elle fille de David ou d’Aaron ?

  1. Le Nouveau Testament souligne avec force que le Christ est fils de David, comme le Messie devait l’être, selon les prophéties de Samuel (1Sa 18,2), d’Isaïe (11,1) et les Psaumes (Ps 18,51). 
  2. Le Christ est légalement fils de David par Joseph, son père légal, comme le soulignent les deux généalogies du Christ rapportées par Matthieu (généalogie descendante selon la nature) et par Luc (généalogie montante selon la Loi).
  3. Les divergences de ces deux généalogies à partir du père de Joseph peuvent s’expliquer, comme le notait Jules l’Africain, rapporté par Eusèbe de Césarée, à partir de la loi du lévirat.
  4. Mais si le Christ est bien légalement fils de David par Joseph, l’est-Il également par sa mère, la Vierge Marie, de qui Il a pris chair ?
  5. Les Evangiles n’en parlent pas explicitement mais d’autres Ecrits du Nouveau Testament et une Tradition majoritaire affirment assez fortement que Jésus est aussi issu de David selon la chair.
  6. Marie est probablement aussi partiellement issue de la lignée d’Aaron, puisque Elisabeth, « descendante d’Aaron » (Lc 1,5) est appelée sa « parente » (Lc 1,36) dans l’Evangile de Luc.
  7. La solution la plus conforme à l’Ecriture et à la Tradition serait donc que Marie soit issue des deux lignées, et peut-être de David par son père, Joachim, et d’Aaron par sa mère, Anne.
  8. Pourquoi alors ce silence de Luc sur la lignée de Marie ? L’Esprit Saint voulait peut-être marquer ainsi que la Vierge est la mère de tous, et qu’elle n’appartenait à aucune tribu particulière ….

La Vierge Marie est probablement fille de David par son père, Joachim, et fille d’Aaron par sa mère, Anne.

1. Le Nouveau Testament souligne avec force que le Christ est fils de David, comme le Messie devait l’être selon les prophéties de Samuel et les Psaumes. 

- L’Ecriture souligne avec force que le Christ est d’ascendance royale, et « fils de David » : Mt 1,6 ; 1,20 ; 9,27 ; 12,23 ; 15,22 ; 20,30 et 31 ; 21,9 ; 21,15 ; Mc 10,47 et 48 ; 11,10 ; 12,35 ; Lc 1,69 ; 2,4 ; 3,31 ; 18,38 et 39 ; 20,41 ;

- Quand Jésus pose explicitement la question, la réponse est claire pour tous : « "Quelle est votre opinion au sujet du Christ ? De qui est-il le fils" - Ils lui disent : "De David" » (Mt 22,42) 

- Parce que les prophéties promettant que le Messie serait dans la lignée de David étaient bien connues (1 Sa 18,2 ; Is 11,1 ; Ps 18,51 etc.)

- Mais en quel sens le Christ est-il vraiment fils de David ?

2. Le Christ est légalement fils de David par Joseph comme le soulignent les deux généalogies du Christ rapportées par Matthieu (généalogie montante selon la Loi) et par Luc (généalogie descendante selon la nature).

- Jules l’Africain, cité par Eusèbe de Césarée, rappelle qu’ « en Israël, les noms des générations étaient comptés selon la nature ou selon la loi : selon la nature par la succession des filiations charnelles, et selon la loi, lorsqu'un homme avait des enfants sous le nom de son frère mort sans progéniture » (in Histoire Ecclésiastique I, I, VII).

- Ce critère justifie les deux généalogies par des approches différentes, selon Matthieu et selon Luc.

- L’une, celle de Luc, considère l’ascendance légale, l’autre, celle de Matthieu, considère la descendance charnelle, soulignant de fait l’importance des deux, l’une n’allant pas sans l’autre. Selon cette distinction, il est clair que le Christ est d’ascendance davidique selon la Loi, par Joseph, son père adoptif, qui descend de David à la fois légalement (« fils de ») et par le sang (« engendra »).

3. Les divergences de ces deux généalogies à partir du père de Joseph peuvent s’expliquer, comme le notait Jules l’Africain, rapporté par Eusèbe de Césarée, à partir de la loi du lévirat,

- Jules l’Africain ajoute encore que la grand-mère paternelle de Joseph a eu deux enfants de deux maris différents (Melchi et Matthat), qui étaient donc frères utérins : Héli, fils de Melchi, qui s’est marié et est mort sans enfant, et Jacob, fils de Matthat, qui épousa la femme de son frère, selon la loi du lévirat, pour lui donner une descendance.

- Dans cette hypothèse, la divergence entre les deux généalogies rapportées par Matthieu et Luc s’explique parfaitement.

- Quoiqu’il en soit, le Christ est d’ascendance royale par Joseph, qui donne légalement, à son fils adoptif, comme les Evangiles le soulignent, la filiation davidique et royale.

4. Le Christ est donc légalement fils de David par Joseph, son père adoptif, mais l’est-Il aussi par sa mère, la Vierge Marie, de qui Il a pris chair ?

- Qu’en est-il de l’ascendance charnelle du Christ, c’est-à-dire des ascendants de la Mère de Jésus ?

- Le credo affirme que Jésus« a pris chair de la Vierge Marie », mais la Mère de Dieu qui avait pour parente Elisabeth, « descendante d’Aaron » (Lc 1,5) était-elle du sang de David, d’Aaron, ou des deux ?

5. Les Evangiles n’en parlent pas mais d’autres Ecrits du Nouveau Testament et une Tradition majoritaire affirment assez fortement que Jésus est issu de David selon la chair.

- Les Evangiles de Matthieu et Luc sont silencieux sur cette question mais Saint Paul affirme nettement que le Christ est, « issu de la lignée de David selon la chair (sarx) » (Rm 1,3).

- Cela correspond également aux prophéties de Samuel à David, rappelées par Etienne : « C’est quelqu’un issu de ton sang que je mettrai sur ton trône » (1 Sa 18,2 ; Ac 13,23).

- Selon Saint Jean, Les Actes des Apôtres ou Saint Paul, le Christ vient « de la semence (sperma) de David » (Jn 7,42, Ac 13,23, 2 Tm 2,8, Hb 7,14).

- Il est « le rejeton de la race de David » selon l’Apocalypse (Ap 5,5 ou 22,16).

- La Tradition (cf. Lien 2) penche du même côté depuis les origines. Marie a toujours été vue comme le « rameau de la souche de Jesse, père de David », qui donne la fleur messianique (Is 11,1-10).

- N’est-il pas assez probable que dans une civilisation où l’on se mariait volontiers entre personnes de la même tribu, voire du même clan, Joseph ait choisi pour épouse une fille de la même lignée davidique que lui ? « Choisis une femme du sang de tes pères, dit Tobie à son fils, ne prends pas une femme étrangère à la tribu de ton père » (Tb 4,12).

- Les évangiles apocryphes et notamment le vénérable Protévangile de Jacques, affirment clairement que Marie est de la maison de David.

- Les Pères depuis saint Ignace et saint Justin tiennent ce fait pour acquis (Saint Ignace Ephésiens 18,2 ; Saint Justin Dialogue avec Tryphon 43-45 ; pour un résumé de la tradition patristique cf. Saint Thomas : ST IIIa q. 31 a 2-3).

- « Puisque le même évangéliste nous dit que l'époux de Marie était Joseph, que la mère du Christ était vierge, et que le Christ est de la descendance de David, que reste-t-il à croire, sinon que Marie n'était pas étrangère à la parenté de David ? » (Saint Augustin).

- Il semble donc assez clair que Marie était fille de David.

- Mais il reset à savoir pourquoi Matthieu et Luc se privent-ils de mentionner clairement Marie fille de David ? Certes, quand l’Ange dit à Marie que « le Seigneur donnera à son fils « le trône de David son père » (Lc 1,32), Marie ne sursaute pas, alors qu’elle « ne connaît pas d’homme ». Mais Luc et Matthieu n’auraient-ils pas eu intérêt,  pour souligner la messianité de Jésus et la conception virginale, de mettre tout naturellement en relief la filiation davidique de la Vierge ? Comment comprendre le silence des deux évangélistes au sujet de l’ascendance davidique de la Mère de Jésus ?

- Et la loi du mariage endogame était-elle assez évidente pour qu’il n’y ait-point besoin de mentionner la tribu de l’épouse une fois citée celle du mari ? Ce n'est pas sûr. D’ailleurs nous lisons au livre de l’Exode qu’Aaron lui-même avait pris dans la tribu de Juda une épouse dont le prénom était précisément Élisabeth ! (Ex 6,23) Preuve que les mariages exogames étaient également possibles.

6. Il est probable que Marie soit aussi partiellement issue de la lignée d’Aaron, puisque Elisabeth, fille d’Aaron est appelée sa parente dans l’Evangile de Luc.

- Marie semble aussi descendante d’Aaron puisqu’elle avait pour parente Elisabeth, « descendante d’Aaron » (Lc 1,5).

- Saint Ephrem (+373) n’hésitait pas à l’affirmer : « Les paroles de l’ange à Marie : "Élisabeth, ta parente", présentent Marie comme étant de la maison de Lévi » (Commentaire du Diatessaron n°25)

- Saint Grégoire de Nazianze pense identiquement : « Vous vous demanderez peut-être : Comment le Christ descend-il de David ? Marie est évidemment de la famille d’Aaron puisqu’au dire de l’ange elle est la cousine d’Elisabeth. Il faut voir ici l’effet d’un dessein providentiel de Dieu, qui voulait unir le sang royal à la race sacerdotale, afin que Jésus-Christ qui est à la fois prêtre et roi, eût aussi pour ancêtre selon la chair, les prêtres et les rois » (cité in Catena Aurea p.40).

- Mais Marie n’était pas totalement d’Aaron. L’Epitre aux Hébreux précise bien que le Christ n’était pas de la descendance d’Aaron : « Celui dont ces choses sont dites appartenait à une autre tribu (que Lévi = Aaron), dont aucun membre ne s'est jamais occupé du service de l'autel. Il est notoire, en effet, que notre Seigneur est issu de Juda, tribu dont Moïse n'a rien dit quand il traite des prêtres » (Hb 7,13)

7. La solution la plus conforme à l’Ecriture et à la Tradition serait donc que Marie soit issue des deux lignées, et peut-être de David par son père, Joachim, et d’Aaron par sa mère, Anne.

- Ne doit-on pas alors envisager que Marie est aussi, au moins en partie, de la tribu de Lévi ?

- C’est comme cela que la liturgie Copte ou plusieurs mystiques, comme Maria Valtorta, voient la Mère de Dieu : « héritière de Joachim de David et d’Anne d’Aaron » (L’Evangile tel qu’il m’a été révélé tome 1 n°20).

- En ce cas, Jésus lui-même serait d’ascendance royale et sacerdotale par sa mère. Il unirait en sa personne les deux lignes de l’attente messianique : royale et sacerdotale. Il est bien Roi et Prêtre tout à la fois.

- Cette double ascendance rejoint une tradition juive, visible dans les écrits de Qumran notamment, qui attendait autrefois non pas un mais bien deux messies : le Messie royal devait venir d’abord comme un descendant de David et un chef de guerre eschatologique assurant la paix pour Israël en terrassant les ennemis de Dieu ; puis ce Messie Royal s’effacerait une fois sa mission de pacification accomplie, laissant la place au Messie sacerdotal, fils d’Aaron revêtu ultimement de la primauté.

- Certains écrits juifs, pour fondre ces deux lignées messianiques, affirment que l’unique Messie sera à la fois Roi et Prêtre, à la fois de la tribu de Juda et de celle de Lévi. Ce qui serait « charnellement » le cas de Jésus si l’on considère l’hypothèse de la double ascendance davidique et lévitique pour Marie.

8. Pourquoi alors ce silence Luc sur la lignée de Marie ? L’Esprit Saint voulait peut-être indiquer que la Vierge est la mère de tous, et qu’elle n’appartenait à aucune tribu particulière ….

- Pourquoi les deux évangélistes de l’enfance du Christ n’en ont-ils pas dit plus sur Marie ? Leur silence au sujet de l’ascendance de la Vierge a peut-être une signification plus spirituelle.

- Saint Luc, qui se plait toujours à souligner l’enracinement judaïque des personnages (Elisabeth fille d’Aaron, Joseph, fils de David, Anne fille de Phanuel de la tribu d’Aser…) ne nous dit volontairement rien au sujet de la Vierge. Mais il y a une signification spirituelle possible à ce silence. L’évangéliste ne veut-il pas ainsi sous-entendre que Marie n’est d’aucune tribu en particulier parce qu’elle est au-delà de toutes, la Mère de tous les vivants ?

- Il serait bien normal que la Mère de tous ne soit ni de la maison de David, ni de la maison de Lévi, parce qu’elle est tout simplement « de la maison de Dieu » (cf. Ep 2,19) : elle ne doit pas recevoir de bénédiction particulière comme chacune des 12 tribus (cf. Gn 49), parce qu’elle est « bénie entre toutes les femmes » et parce qu’en son "fiat", elle représente non une tribu, mais l’humanité toute entière.

Bibliographie :

  • Je vous salue Marie du Père Guillaume de Menthière, Mame
  • Cardinal Philippe Barbarin, Marie, cele qui nous précède. Philippe Barbarin présente les conférences de carême de Fourvière, Parole et Silence, 2004
  • Marie-Joseph Le Guillou, Marie, Parole et Silence, 2007.
  • René Laurentin, Vie de Marie, Paris, L'Œuvre, 2008
  • G. Monod, Le Hasard et la nécessité, Paris, Le Seuil, 1957.