Les NDE (Near Death Experience) sont-elles comparables à des expériences mystiques ?

  1. Les NDE sont des expériences biens connues, constatées dans toutes les cultures et sur tous les continents, sur lesquelles on a aujourd’hui plusieurs centaines de témoignages convergents
  2. Il y a une surprenante « ressemblance » entre ce phénomène et certaines expériences mystiques chrétiennes authentiques.
  3. On constate de très bons fruits spirituels à ces expériences et la majorité des personnes ayant vécu des NDE se convertissent en général dans les semaines ou les mois suivants
  4. Il faut cependant bien se garder d’assimiler ces NDE avec l’expérience authentique de la foi, qui n’a nullement besoin d’expérience extraordinaires pour être forte, grande et vraie.

Les NDE ressemblent beaucoup aux témoignages de mystiques chrétiens authentiques.

1. Les NDE sont des expériences biens connues, constatées dans toutes les cultures et sur tous les continents, sur lesquelles on a aujourd’hui plusieurs centaines de témoignages convergents

- Depuis une quarantaine d’années, nous entendons parler des NDE : Near Death Experiences (en anglais) que l’on traduit en général par « Expériences aux Frontières de la mort » même si d’autres traductions sont possibles.

- Ces expériences d’un genre particulier semblent, d’après les études qui leur ont été consacrées, anciennes comme le monde et ressemblent comme deux gouttes d’eau, à certaines expériences mystiques que connaît le christianisme depuis son commencement.

- Une NDE « type » se compose de phases successives bien identifiées :

  1. - Suite à un accident, un arrêt cardiaque ou à d’autres facteurs, une personne (homme ou une femme, adulte ou enfant) est en état de mort cérébrale. Soudain, elle a l’impression de « sortir hors de son corps » (1e phase) et de flotter au-dessus de son propre corps, au plafond de la pièce ; elle peut voir, observer tout ce qui se passe aux alentours, sous tous les angles. À ce stade, elle semble jouir de capacités inconnues jusqu’à lors : vision à 360°, franchissement des murs et autres cloisons, légèreté corporelle, communication instantanée, « d’esprit à esprit »…
  2. - Ensuite, le sujet est attiré dans un long « tunnel » (2e phase), à une vitesse extraordinaire, débouchant dans une lumière ineffable, magnifique. On a pu comparer cette beauté lumineuse à la porte du paradis. Le sujet peut alors « rencontrer » (pas systématique) parents ou amis disparus, un « être de lumière », des « anges », ou même Jésus ou Marie. Les paysages qui l’entourent sont indescriptibles de beauté. La personne entend parfois une musique improbable.
  3. - Enfin, le « patient » réintègre son corps (3e phase), retrouve les douleurs qui étaient siennes, se sent à nouveau limité dans son enveloppe de chair.

- Ces expériences sont maintenant bien identifiées (voir Evelyn Elsaesser-Valarino, D’une vie à l‘autre. Des scientifiques explorent le phénomène des expériences de mort imminente, Paris, 1999).

- L’aspect le plus remarquable est la similitude des choses rapportées par les témoins qui les ont vécues et racontées, quelque soit leur race, leur âge, leur langue ou leur pays.

2. Il y a une surprenante « ressemblance » entre ce phénomène et certaines expériences mystiques chrétiennes authentiques.

- Sur certains aspects, ces expériences aux approches de la mort évoquent des cas recensés dans les annales de la mystique chrétienne.

- Cela rappelle d’abord les récits des « voyages de l’âme » comme la littérature du Moyen Âge en a tant laissé (par exemple la Passion de Perpétue et Félicité, cité par N. Gautier, Les « Les images de l’au-delà durant l’Antiquité chrétienne », dans Revue des Études augustiniennes, 33, 1987, p. 15 ; la Vision de Bonellus au VIIe siècle, dans PL 87, col. 433-135 ; la Vision de Drythelm, dans Bède le Vénérable, Historia ecclesiastica gentis Anglorum, livre V ; La Vision d‘un moine revenu à la vie par Othlon de Saint-Emmeran, Livre des visions, livre III, 19e vision, cité par Patrick Sbalchiero, Enquête aux portes de la mort. Le point sur les expériences de mort imminente, Chambray-les-Tours, C.L.D., 2007, p. 97-98 ; ou, plus tardivement, Angèle de Foligno, Le Livre des visions et instructions, Paris, Le Seuil, 1991, p. 51, etc.).

- En particulier, la « décorporation » fait écho aux extases et autres ravissements décrits par des saintes et des saints aussi populaires que Jean de la Croix, Thérèse d’Avila ou, plus récemment, Padre Pio (cf. Patrick Sbalchiero, Petite vie de Padre Pio, Paris, DDB, 2003).

- Des personnes contemporaines, généralement chrétiennes, affirment avoir fait une rencontre avec Jésus ou avec la Vierge lors d’une NDE. Expérience mystique, visions surnaturelles et vie chrétienne semblent imbriqués.

- Mais comment discerner ? Comment distinguer la réalité des faits spirituels et les illusions psychologiques ? Pour les chrétiens, c’est depuis toujours à l’Eglise, ensemble des fidèles réunis dans une même foi, qu’il revient d’y voir plus clair.

- L’auteur le plus cité reste l’apôtre Paul et sa célèbre description (en fait trois récit dans les Actes des Apôtres, 9, 1-19 ; 22, 4-21 ; 26, 9-18) de son expérience extatique sur le chemin de Damas. C’est à cet endroit que saint Paul voit et entend le Christ ressuscité dans une lumière surnaturelle.

- Mais en ce qui concerne les modalités « physiques » de son ravissement, l’apôtre ignore l’essentiel : « Était-ce en mon corps ou hors de mon corps ? » Notons la prudence de Paul : il n’affirme ni être entré dans le paradis ni avoir franchi les limites naturelles de la mort. Or, aujourd’hui encore, d’un point de vue médical, nous sommes incapables d’affirmer si quelqu’un s’est rendu au-delà de la mort puis en est revenu. Personne ? Si, le Christ !      

- Ce qui compte pour saint Paul, comme pour chaque croyant, comme pour l’Eglise entière, c’est le don de la grâce et la présence du Christ.

3. On constate de très bons fruits spirituels à ces expériences et la majorité des personnes ayant vécu des NDE se convertissent en général dans les semaines ou les mois suivants

- Un fait semble s’imposer : la majorité des personnes ayant vécu une NDE se « convertissent » dans les semaines ou mois suivants. Leur attrait pour les choses matérielles et les réussites de ce monde diminuent tandis que croît leur goût pour la spiritualité, l’invisible, l’éternel.

- Surtout, leur amour et leur fraternité pour leurs semblables va parfois jusqu’à des engagements caritatifs de haute valeur. En ce sens que les NDE ne sont pas sans évoquer non plus les expériences de conversion chrétienne.

4. Il faut cependant bien se garder d’assimiler ces NDE avec l’expérience authentique de la foi, qui n’a nullement besoin d’expérience extraordinaires pour être forte, grande et vraie

- Une assimilation entre foi et NDE qui serait dénuée de discernement risquerait de troubler les esprits et les cœurs plutôt que de les éclairer.

- D’une part, les NDE ne sont pas réservés aux chrétiens : des gens de toutes religions, de toutes cultures peuvent vivre une telle expérience. Or, le cœur et le but de la vie chrétienne, c’est le Christ et son message !

- D’autre part, la qualité de la vie chrétienne ne se mesure pas au nombre ou à l’intensité des expériences extraordinaires : on peut être un grand croyant sans jamais avoir « vu », de ses yeux de chair, le Christ ou la Vierge ou les anges ! On peut devenir un saint sans connaître de « ravissement ». La référence absolue pour les chrétiens – le Christ et son Évangile – n’est pas affaire d’extase, de décorporation ou de lumière inconnue. Seul un acte de foi – donc de confiance envers le Ressuscité - donne l’assurance d’être sur le bon chemin vers le face-à-face éternel.

- L’Évangile donne priorité aux croyants et non aux prodiges ou aux extatiques.

- Et croire au Christ consiste non à désirer le voir matériellement mais à accorder une confiance totale, absolue, en ses paroles transmises par les apôtres et conservées par l’Église.  

- Bref, une NDE implique un état de conscience modifiée (comme certaines extases profondes) mais nullement la croyance en la vérité de l’Évangile ! NDE et extases disent le cœur humain à sa surface, comme l’écume de la mer, mais seule la Parole du Christ, lumière venue d’En-haut, en découvre les profondeurs

Bibliographie :

  • Docteur Michel Aupetit, La Mort, et après ? Un prêtre médecin témoigne et répond aux interrogations, Paris, Salvator, 2003 ;
  • Docteur Jean-Pierre Jourdan, Deadline. Dernière limite. Expériences de mort imminente. 20 ans de recherche sur une énigme scientifique, Paris, Les 3 Orangers, 2006 ;
  • Marc Leboucher, Y a-t-il une vie après la mort ?, Paris, Bayard/Centurion, 1989 ;
  • Hélène Renard, L’Après-vie, Éditions du Félin, 1995 ;
  • Danielle Vermeulen, NDE et expériences mystiques d‘aujourd’hui, Agnières, Le Temps Présent, 2007).
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